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Quand les marchands tamouls voyageaient jusqu’aux pharaons d’Égypte

Quand les marchands tamouls voyageaient jusqu’aux pharaons d’Égypte

14 February 2026
4 min de lecture

Il y a près de 2 000 ans, un nom tamoul était gravé dans la pierre des tombes royales d’Égypte.

Pas dans un port commercial.
Pas sur un simple quai de la mer Rouge.
Mais au cœur même de la Vallée des Rois, près de Louxor, l’un des sites les plus emblématiques de l’Égypte antique.

Ce nom : Cikai Korran.

Une inscription en tamoul-brahmi — une écriture ancienne du sud de l’Inde utilisée entre le Ier siècle avant notre ère et le IIIe siècle après J.-C. — a été identifiée dans plusieurs tombes royales. Cette découverte confirme une réalité historique encore trop peu connue : les marchands tamouls voyageaient jusqu’en Égypte antique et pénétraient profondément à l’intérieur des terres.

Une présence tamoule en Égypte antique

Les historiens savaient déjà que les routes maritimes de l’océan Indien reliaient le Tamilakam (sud de l’Inde) aux ports de la mer Rouge, notamment Bérénice. Des textes grecs et romains évoquent ces échanges commerciaux intenses entre l’Inde et le monde méditerranéen.

Les marchands tamouls exportaient :

  • du poivre

  • des perles

  • de l’ivoire

  • des pierres précieuses

  • des textiles

  • des épices

En retour, ils importaient de l’or, du vin, du verre et d’autres produits méditerranéens.

Mais cette nouvelle découverte élargit considérablement notre compréhension. Elle montre que ces voyageurs ne se limitaient pas aux zones portuaires : certains d’entre eux se rendaient jusqu’aux sites les plus prestigieux du monde antique.

Graver son nom dans la pierre était une manière d’attester de son passage. Grecs et Romains l’ont fait. Désormais, nous savons que des Tamouls aussi.

Cikai Korran : un témoin silencieux d’une mondialisation antique

Le nom Cikai Korran apparaît à plusieurs reprises dans les inscriptions étudiées. Il s’agissait probablement d’un marchand ou d’un voyageur originaire du sud de l’Inde.

Ce simple nom change le récit.

Il rappelle que la mondialisation ne commence pas à l’époque moderne. Dès l’Antiquité, l’océan Indien était un espace dynamique d’échanges, de circulation d’idées, de marchandises et de cultures.

L’Inde du Sud n’était pas périphérique. Elle était connectée, influente et active dans les réseaux commerciaux internationaux.

Une mémoire importante pour l’océan Indien

Pour les descendants d’engagés indiens dans l’océan Indien, notamment à La Réunion, cette découverte a une portée symbolique forte.

On évoque souvent l’histoire du XIXe siècle et l’engagisme. Mais l’histoire tamoule ne commence pas là. Elle plonge ses racines dans une civilisation millénaire, maritime, commerçante et ouverte sur le monde.

La présence d’un nom tamoul dans les tombes des pharaons rappelle une vérité essentielle : les ancêtres du sud de l’Inde étaient déjà des voyageurs du monde antique, bien avant les routes coloniales européennes.

Cette inscription n’est pas un simple détail archéologique.
C’est une trace.
Un fragment de mémoire.

Et chaque fragment contribue à reconstruire une histoire plus vaste, plus ancienne et plus connectée que ce que l’on nous a longtemps raconté.

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